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Etude sur la résidence alternée

Etat des connaissances scientifiques sur la résidence alternée

Synthèse bibliographique réalisée par Claude Bailly, fondateur/animateur du site :

residencealternee.free.fr/

Avertissement

Ce document rassemble et synthétise les publications récentes tant françaises qu'internationales sur le développement du petit enfant. Il cite les travaux publiés dans les revues scientifiques ou en livre par des chercheurs universitaires, psychologues, cliniciens, psychiatres, pédiatres, sociologues, ethnologues, …

Il met l'accent sur les connaissances confirmées expérimentalement et sur les analyses rigoureuses basées sur l'observation. Il convient, en effet, de différencier ce qui est connaissance scientifiquement vérifiée de ce qui est hypothèse, croyance a priori, opinion affirmée sans justification ou encore généralisation sans précaution d'un cas individuel.

Sommaire

 

Résumé des citations


 

Les enfants sont attachés au père comme à la mère dés le plus jeune age.
On sait aujourd'hui sans ambiguïté que, dés la naissance, le père est autant que la mère nécessaire au développement affectif et psychologique de l'enfant. Les réactions d'attachement et l'angoisse de la séparation existent pour le père comme pour la mère.
La résidence alternée favorise l'équilibre psychologique de l'enfant.
Les études empiriques montrent que les enfants bénéficiant d'une résidence alternée ont un meilleur équilibre psychologique, relationnel et éducatif que les enfants résidant chez un seul parent.
Les nourrissons bénéficient aussi de la résidence alternée.
L'observation de nourrissons dans des cas réels de résidence alternée ne montre aucune contre-indication.
La résidence alternée fonctionne même sans entente entre les parents
L'entente entre les parents n'est pas une condition nécessaire aux bienfaits sur les enfants. De nombreux cas sont observés ou, tout en hébergeant chacun l'enfant à parité, les parents sont en désaccord ou en conflit.
Les jeunes enfant bénéficiant de la présence continue de leur père ont un meilleur développement.
Les études comparatives montrent un retard de développement chez les enfants de moins de deux ans élevés uniquement par leur mère par rapport aux enfants élevés par leurs deux parents. Le handicap est encore plus accentué pour les garçons de mère seule.
La présence du père est nécessaire au développement de l'identification sexuelle du nourrisson garçon.
Chez le garçon, l'absence du père et l'intimité prolongée avec la mère pendant sa deuxième année induit un danger de perturbation irréversible de l'identification au genre masculin. Le risque est encore accentué si la mère est séparée et n'a plus de relation de couple.
Les hommes sont aussi compétents et efficaces que les femmes.
L'observation scientifique ne montre aucune infériorité ou supériorité intrinsèque de l'homme sur la femme pour élever des jeunes enfants. La place prépondérante accordée à la mère en occident au XIX ème et XX ème siècle n'a aucun fondement scientifique. Elle semble être purement idéologique et culturelle, liée au partage social des rôles entre hommes et femmes.

 

 

Les enfants sont attachés au père comme à la mère dés le plus jeune âge


 

Résumé :

 

 

On sait aujourd'hui sans ambiguïté que, dés la naissance, le père est autant que la mère nécessaire au développement affectif et psychologique de l'enfant. Les réactions d'attachement et l'angoisse de la séparation existent pour le père comme pour la mère.

BOWLBY et AINSWORTH, autour des années 1960-1970, ont étudié et décrit l'attachement et la séparation d'un enfant et de sa mère. Ils ne se sont intéressés qu'à une moitié des interactions parent-enfant : la partie mère-enfant, à "la façon dont les jeunes enfants réagissent lorsqu'ils sont séparés de leur mère et ultérieurement lorsqu'ils sont réunis à nouveau."

BOWLBY J., Attachement et perte, volume 1 : L'attachement, Paris PUF 1978 (1ère édition 1969) p79


Depuis, les chercheurs ont aussi étudié l'autre moitié des interactions parent-enfant : l'attachement père-enfant, parallèlement à l'attachement mère-enfant. Leurs résultats généralisent la théorie de BOWLBY:

"On retiendra de cet ensemble de travaux des années 75 que, dans les situations de la vie quotidienne, les pères "tout-venant" apparaissent comme des figures d'attachement aussi efficaces que les mères, bref, comme des partenaires du bébé émotionnellement compétents."
"Au même titre que la mère, le père se comporte comme une figure d'attachement et peut, en conséquence, recevoir et émettre des signaux caractéristiques de cette relation primaire."

LE CAMUS Jean, pères et bébés, éditions L'Harmattan Paris 1998, p95-108 (p98, p108)


Le Docteur Michael LAMB, en 1996, résume l'état des connaissances récemment acquises sur le père et le développement de l'enfant :
" il y a des preuves substantielles que les nourrissons forment des attachements avec aussi bien les mères et les pères à peu près au même point pendant la première année de vie. "

LAMB Michael E; The development of Father-Infant Relationship; in The role of the fathers in Child development; 3e edition, John Wisley New York 1996, p119-120

LAMB étudie les relations entre parents et enfants : "Vingt nourrissons ont été observés chez eux interagissant avec leur mère, leur père et un enquêteur étranger, quand ils avaient 15, 18, 21 et 24 mois. Les nourrissons ont montré des préférence significatives pour leur père par rapport à leur mère dans leur démonstration de comportement d'attachement et d'affiliation. […] A 24 mois, les nourrissons étaient observés dans une salle de jeu de laboratoire avec leurs parents. Dans cette situation, les nourrissons ne montrèrent aucune différence entre les parents dans leur démonstration de comportement d'attachement et d'affiliation. Ils interagirent beaucoup plus avec chaque parent quand ils étaient seul avec lui qu'avec les deux présents ensemble. La présence d'un étranger avait un effet similaire sur l'interaction d'affiliation à l'intérieur de chaque dyade parent-nourrisson, bien que l'effet de l'étranger se différentie par l'intensification du système de comportement d'attachement."

LAMB M. E. ; The development of mother infant and father infant attachments in the second year of life ; Developmental psychology, 13, 6 p637-648 1977 p637

Mary MAIN et Donna WESTON ont aussi étudié l'attachement de 46 enfants à un an et à 18 mois en utilisant la méthodologie et la classification de AINSWORTH. Le résultat est que les enfants se sentent en sécurité indépendamment avec leur père ou avec leur mère. Un enfant peut très bien être sécurisé à un moment avec sa mère et sécurisé à un autre moment avec son père. Et il n'y a pas de corrélation entre les deux.

MAIN M. , WESTON D. , "The quality of the toddler's relationship to mother and father : related to conflict behavior and the readiness to establish new relationships", Child development, 1981, 52, p.932-940


KROMELOW et ses collaborateurs ont montré que les garçons entre 1 an et 2 ans qui sont attachés aux deux parents sont plus sociables vis-à-vis d'une "étrangère" lorsqu'ils sont avec leur père que quand ils sont avec leur mère.

KROMELOW S. et al ; The role of the father in the development of stranger sociability during the second year Amer J. Orthopsychiat. P521-530 60, 1990


CRAMER et BRAZELTON
T. BRAZELTON est un pédiatre de renommée internationale, spécialiste du développement de l'enfant. B. CRAMER est professeur de psychiatrie infantile, pionnier dans le domaine de la psychothérapie mère-enfant.
Ils rappellent les découvertes de KROMELOW et de KOTELCHUK :
"On a pu démontrer que, pendant la deuxième année, le père est perçu par le jeune enfant comme un partenaire social différent de la mère, ce qui entraîne une organisation alternative du comportement. (Kromelow, Harding et Touris, 1990)
Par ailleurs, les récentes études sur l'interaction ont démontré un phénomène qui nous force à reconnaître l'importance d'un attachement primaire entre bébés et pères. Lorsque le père est réellement présent (psychiquement et géographiquement), les bébés démontrent des capacités d'attachement envers lui presque aussi tôt qu'en ce qui concerne les mères (Kotelchuck, 1976). […] ces études démontrent que le père peut être un parent compétent d'emblée, entraînant un attachement plus précoce au père que nous l'avions imaginé jusqu'alors"

BRAZELTON T. B et CRAMER B, Les premiers liens, Paris Stock 1990, p54-55


HUBIN-GAYLE :
" Le lien qui les unit [les pères] à leurs enfants, s'il est différent de celui établi avec la mère, n'en est pas moins fort pour autant. "

HUBIN-GAYLE Mylène, Les bébés, collection idées reçues, p100


Elisabeth FIVAZ-DEPEURSINGE, en 1999, après avoir observé des bébés de 3 mois, 9 mois et des parents en attente de naissance, parle du "triangle primaire" existant dés la grossesse. Ce triangle est le cadre de référence des relations du bébé :

"Le bébé et ses parents communient à trois dés la première année. Le bébé de 3 mois comprend parfaitement qu'il a deux interlocuteurs égaux lorsque ses parents alignent leurs corps à distance de dialogue et s'adaptent de manière flexible aux orientations du bébé vers l'un ou l'autre. Alors il s'oriente vers l'un puis vers l'autre partageant ainsi ses affects entre ses deux parents."

"Lorsqu'on observe un bébé de trois mois en interaction avec ses deux parents, on ne peut non plus manquer de découvrir qu'il coordonne son attention entre ses deux parents, voire même qu'il partage ses affects avec eux deux, dans des préfigurations des moments de communion de sentiments. Enfin, et ce n'est pas surprenant pour des cliniciens, tout cela se prépare pendant la grossesse. Devenir parent, c'est donc devenir co-parent dans le triangle primaire formé avec le bébé."

FIVAZ-DEPEURSINGE Elisabeth, Le bébé et ses parents communient à trois dés la première année de vie ; devenir père devenir mère, M Dugnat éd Romonville St Agne , 1999, p69, p71


Jean LE CAMUS, docteur d'état en psychologie, professeur de psychologie, responsable des recherches sur la psychologie du jeune enfant à l'Université de Toulouse :

"Il est donc clair désormais qu'au cours des 9 premiers mois de la vie (et à plus forte raison dans les 3 mois et les 2 années qui suivent) l'enfant engramme sans les confondre, les stimuli sensoriels, les modes de communication verbale et non verbale, les affects émis par chacun des deux parents"

"A l'aube du XXIe siècle, il ne paraît plus possible de soutenir que la fonction du père n'est légitimée que par le bon vouloir de la mère, que cette fonction peut être indifféremment remplie par un homme ou une femme, qu'elle n'a de prise qu'à partir de l'âge de 18 mois ou à partir du moment où l'enfant est entré dans le stade œdipien, qu'elle se réduit à l'introduction et la mise en application de la Loi - autant d'affirmations convenues qu'on répète à longueur d'ouvrage sans même se donner la peine de les soumettre à l'épreuve de l'expérience clinique"

"Il n'y a pas un "âge de la mère" au cours duquel l'enfant aurait seulement besoin d'affection, puis un "âge du père" au cours duquel prévaudrait le besoin d'autorité (seconde enfance et adolescence). C'est dés le commencement et tout au long de l'enfance que la mère et le père doivent se rendre présent et s'impliquer chacun à leur manière comme de véritables coacteurs de la structuration psycho-affective et du développement de leur enfant."

LE CAMUS Jean, Le vrai rôle du père, édition Odile Jacob, 2000 p94, p166, p138


Elisabeth BADINTER, philosophe, écrivain, rappelle : "Le nouveau père/mère apporte un démenti éclatant à la thèse de l'attachement exclusif du nourrisson pour sa mère (John Bowlby), et à sa conséquence : un bébé ne peut s'attacher qu'à une seule personne à la fois. Les travaux précurseurs de M. Lamb ou M. Yogman montrent qu'il n'en est rien. C'est le parent qui investit le plus son bébé qui devient le principal objet d'attachement - sans distinction de sexe - et ce rapport préférentiel n'en exclue pas d'autres. de plus les préférences changent avec l'âge. Si une majorité d'enfants semblent plus proches de la mère la première année, tous changeront plusieurs fois de parent favori au cours des deux années suivantes. Cela dépend des étapes psychologiques, du sexe de l'enfant et des circonstances extérieures (Ehrensaft 1987). Mais, quelle que soit l'évolution de ses sentiments, l'enfant intériorise ses deux parents disponibles et n'est plus enfermé dans une relation à deux qui risque de l'étouffer."

Elisabeth BADINTER ; XY, de l'identité masculine ; Paris Odile Jacob 1992, Le Livre de Poche p264.

 

 

La résidence alternée favorise l'équilibre psychologique de l'enfant.


Résumé :

 

 

Les études empiriques montrent que les enfants bénéficiant d'une résidence alternée ont un meilleur équilibre psychologique, relationnel et éducatif que les enfants résidant chez un seul parent.

Notons que la résidence alternée (ou garde conjointe) est légale et recommandée en Suède comme dans nombre d'états d'Amérique. Elle y représente jusqu'à 44% des enfants concernés.

KUHN Richard et GUIDUBALDI John, Child custody policies and divorce rates, 11° conférence annuelle du Conseil des Droits de l'Enfant, 23-26 octobre 1997, Washington USA ;
CLARKE S.C., Advance report of Final Divorce Statistics, 1989 and 1990. Monthly Vital Statistics report, Centers for Disease Control and Prevention/National Center for Health Statistics, Vol. 43, N° 9, 1995


L'étude de la C.N.A.M. (CIMMERSS, Gérard NEYRAND) :
Une étude sociologique, comparant la résidence unique et la résidence alternée a été réalisée au début de années 1990 pour la Caisse Nationale d' Assurance Maladie. Elle conclue :

" Les effets symboliques et psychologiques d'une telle pratique apparaissent considérables "

" Ce sont d'abord les enfants qui motivent la mise en place d'une résidence alternée. Comme leurs parents, la plupart des enfants explicitent clairement leur intérêt à ce sujet, aussi bien par l'adhésion qu'ils y manifestent que par les retombées dont ils disent bénéficier. "

" Parmi les multiples intérêts psychologiques et relationnels que les enfants peuvent avoir à l'alternance, l'un d'entre eux est présenté comme primordial : pouvoir maintenir le contact régulier avec ses deux parents. "

" Mais l'équilibre est aussi l'équilibre psychologique des enfants. Beaucoup de parents évoquent cet aspect qui, pour eux, est primordial. On tente à tout prix de préserver celui-ci en offrant à l'enfant le moyen de continuer sa relation avec les deux parents, dans un cadre où les risques sont souvent limités au maximum. "

" L'intérêt de l'alternance réside aussi dans ses effets éducatifs, effets que la moitié des parents énoncent à la fois comme conséquence de leur plus grande disponibilité et comme effet de complémentarité entre les deux parents, d'équilibre éducatif. "

NEYRAND Gérard, L'enfant face à la séparation des parents. une solution, la résidence alternée, Paris SYROS 2001, p99,100,102,103,107
NEYRAND Gérard, MEKBOUL Sahra "résidence alternée de l'enfant et exercice commun de l'autorité parentale chez les parents séparés" CIMERSS/CNAF et Fondation de France, 1993


La psychologue L. FABRE après avoir étudié 30 " alternants " constate :

" l'agressivité est massivement inhibée ; cela pour que l'enfant conserve la possibilité de profiter de l'apport éducatif de ses deux parents. […]
- [les inconvénients] ne sont envisagés qu'en terme d'inconvénients matériels "

FABRE L., un nouveau mode de garde : la garde alternée, Le journal des psychologues, N°28, juin 1995


Gérard POUSSIN et Elisabeth MARTIN-LEBRUN ont mené une étude auprès de plus de 3000 enfants en classe de sixième, en 1995-1996. Ils relèvent que les enfants en résidence alternée " présentaient un score d'estime de soi supérieur à celui des autres enfants de parents séparés et même à l'ensemble de la population. " Ils concluent alors:

" L'hébergement alterné n'est pas une panacée, mais il représente la moins mauvaise solution qu'ont trouvé les parents pour continuer à assumer leur fonction parentale au-delà de leur séparation, ils doivent être écoutés sans a priori doctrinal. "

MARTIN-LEBRUN Elisabeth et POUSSIN Gérard, Conséquence de la séparation parentale chez l'enfant, Eres, Ramonville Ste Agne, 1999
POUSSIN Gérard et MARTIN-LEBRUN Elisabeth, "Les enfants du divorce. Psychologie de la séparation parentale", Paris Dunod 1997, p159-160


Le Docteur Nathalie PRIETO, dans sa thèse de médecine confirme le caractère bénéfique de la résidence alternée.

" Dans la grande majorité, les parents ne retiennent pas de troubles spécifiques, attribués à la résidence alternée. "

" Tous les enfants, sans exception, sont confrontés à l'insupportable dilemme et exprime leur volonté de ne pas choisir un parent plutôt que l'autre. En cela, les commentaires, justifiant la résidence alternée sont révélateurs. "

PRIETO Nathalie "La résidence